Depardieu joue Falstaff

9 décembre 2023 § Commentaires fermés sur Depardieu joue Falstaff § permalien

Falstaff faisant sa cour à Mrs Ford (ou Mrs Gué selon la traduction de F-V Hugo*). John Masey Wright (1777–1866) – Folger Shakespeare Library

   BOF ! J’ai regardé une partie du prétendu reportage sur Depardieu et Moix en Corée du Nord. Franchement, il n’y a pas quoi fouetter un chat, pour employer cette locution qui date du XVIIe siècle. Hormis que ces deux-là, en assistant à l’anniversaire du dictateur de Pyongyang, ont l’air d’apprécier sa joviale autorité. Entre pachydermes, vous me direz qu’il n’est pas nécessaire de traduire leurs barrissements. Car Depardieu, éructant dans un fauteuil roulant poussé par un coolie local pendant que l’autre insignifiant rigole en le filmant, à plus l’air d’un pathétique tyran devenu pétomane que d’un obsédé sexuel qui le serait plus que tous les mâles qui déclament en proutant avec autant d’élégance et de banalité les mêmes blagues éculées sur le genre féminin autour d’un petit blanc sur le zinc du comptoir du coin, en dégustant un Expresso près de la machine à café des bureaux, lors d’une pause sur les chantiers d’érection de building, en se délassant dans les internats de carabins ou en rotant dans les repas d’un congrès de VRP. Et si le pachyderme a un peu plus de talent que les précédents, il est tout aussi vulgaire, grivois, libidineux, obscène et sans conséquence autre que la stupidité et la démonstration d’une absence d’éducation. Quant à vouloir démontrer que, ipso facto, cela fait de lui un violeur, la meute des aboyeurs emprunte un raccourci hasardeux. Corrélation ne vaut pas causalité. Laissons la justice trancher, si elle doit le faire un jour.

   Pour leur part, les anonymes des réseaux sociaux, journalistes, politiques et pudibonds de tout bord qui poussent des cris d’orfraie, rougissent ou hurlent au scandale, combien sont-ils de cette meute évoquée plus haut à ne pas avoir un jour déblatérer une vanne graveleuse, salace ?

   Aujourd’hui il faudrait vivre dans une bulle aseptisée. Ne plus rien dire. Vivre comme Isidore, le rosier de Mme Husson, choisi par défaut parce qu’aucune des femmes de Gisors n’était assez chaste : « Les mots hardis, les gauloiseries, les allusions graveleuses le faisaient rougir si vite que le Dr Barbesol l’avait surnommé le thermomètre de la pudeur. Maupassant, Contes et nouvelles, Le Rosier de Mme Husson, p. 22 ». La suite de l’histoire montra que le pudibond s’encanailla pour son malheur.

   Pour employer une expression postérieure à la précédente, je pense qu’il y a, en ces jours d’avenir sombre, d’autres chats à fouetter que de s’étourdir de ces billevesées libidineuses d’un Falstaff en goguette accompagné d’un Bardolphe falot et faux cul.

   Depardieu est un grand acteur, certes, mais qui a conservé les habitudes des loubards de sa jeunesse castelroussine, sans avoir su égriser le diamant des manières. Il y avait les mêmes dans le bas de la rue de mon enfance. Comme bien d’autres croisés plus tard un peu partout, entendus ou lus. Pierre Perret, par exemple qui conseille de « tourner sept fois sa langue dans la bouche de sa voisine. » Vous croyez que c’est mieux ? Et pourtant il y a des écoles et collèges qui portent son nom.

   Clap de fin.


*François-Victor Hugo, fils de Victor, n’a traduit le nom que d’un seul des personnages, Ford en Gué, afin de rendre compréhensibles les calembours de l’acte III, scène V des Joyeuses commères de Windsor (gué, fontaine).

Meurice, épisode 2. Le Lanternier

13 novembre 2023 § Commentaires fermés sur Meurice, épisode 2. Le Lanternier § permalien

Lanterne

 

   Il y a une vieille expression connue jadis de François Villon, « Rendre vessies pour lanternes ».

   C’est ce que tente Meurice qui proclame, benoîtement, regretter d’avoir traité un fasciste de nazi. Il aimerait nous faire croire qu’il s’est grossièrement trompé.

   Tout d’abord le parti nazi était apparenté à la famille politique du fascisme. L’une ou l’autre acception, c’est du pareil au même.

   Donc sa pseudo excuse est irrecevable.

   Ce qu’il a véritablement voulu dire, volens nolens, en traitant Netanyahou de nazi sans prépuce, a bien une connotation antisémite et non politique. Car les mots ont un sens, y compris et surtout sous forme de boutade.

   Il avait déjà fait preuve d’ignorance, comme démontré précédemment ; aujourd’hui il récidive. C’est donc un bonimenteur qui voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

   Car l’acception lanterne, qui dans l’expression susdite ne remonte qu’au XIXe siècle, exprimait à son origine l’idée de baliverne, d’absurdité. « Vendre vessie pour lanterne », est une locution de 1174 environ. Les deux termes, qui dans l’absolu ont une image ressemblante, expriment métaphoriquement accouplés, l’idée de vendre du vent et non la confusion des objets*. Un lanternier était un raconteur de balivernes, ou diseur de fadaises pour vendre ses lanternes. La vessie, peau de porc gonflée d’air, donc de vent, et la lanterne, boniment. Ce n’est donc pas, comme on l’utilise de nos jours, se tromper grossièrement, croire que la vessie ressemble à une lanterne, c’est-à-dire altérée de sa signification originelle de duper son monde.

   Meurice est donc un bonimenteur qui, s’apercevant de l’imbécillité dont il a fait preuve et craignant pour la suite de sa carrière, tente, par une entourloupette, de nous embobiner ; de nous mystifier.

   La prochaine fois qu’il voudra faire un bon mot pour doper son auditoire, il aura tout intérêt à plonger dans une encyclopédie ou un dictionnaire, s’il en sait le sens, pour apprendre à lire et éviter de se noyer dans ses pasquinades. Car à revendiquer l’outrance on tombe dans le vulgaire.

   Cela étant dit, rien ne justifie les menaces reçues par l’humoriste, non plus que la diffusion de l’émission dernière sans public. Il doit être encore possible, en France, de s’exprimer sans craindre la violence d’ultras crétins, autre que celle d’une critique raisonnable et fondée.

 

   *P. Guiraud, « Les Locutions françaises » P. 86 (books.google.fr/)

La Cisjordanie

9 novembre 2023 § 3 commentaires § permalien

La militante palestinienne Ahed Tamimi, ici en février 2018. AP – Ariel Schalit

  

   « Une figure de la cause palestinienne a été arrêtée en Cisjordanie occupée, lundi 6 novembre. Ahed Tamimi, 22 ans, a été interpellée à son domicile à Nabi Saleh, près de Ramallah, dans la matinée par l’armée israélienne, qui la soupçonne d’« incitation à la violence et à des activités terroristes ». La jeune femme est, depuis des années déjà, une icône palestinienne qui embarrasse l’État hébreu. »

   C’est par ces mots que commence le court article paru sur le site internet de RFI.

   On ignore les raisons de son arrestation, sinon qu’on la soupçonne d’inciter à la violence. Donc on imagine. Or imaginer n’est pas prouver.

   Depuis l’âge de quatorze ans, après qu’elle a mordu un soldat israélien pour défendre son jeune frère, elle milite pour la libération de son territoire occupé par Israël (j’allais écrire son pays, mais seule une infime partie – à peine 10 % de sa superficie – est administrée par les Palestiniens) et envahi de ses colons fascistes et hégémoniques.

   Mais militer n’implique pas forcément la violence. Elle souhaite simplement vivre en paix, chez elle, dans son pays, sur sa terre.

   La Cisjordanie aurait pu être ce pays évoqué pour les Palestiniens afin qu’ils vivent aux côtés d’Israël. Depuis la guerre des 6 jours, en 1967, l’État Hébreu en a décidé autrement.

   Mais le pire est cette colonisation inique ininterrompue, marque de l’hégémonie insensée de l’extrême droite qui dirige ce pays depuis des décennies.

   En décembre 2008, j’écrivais un billet sur ma lassitude de toujours constater la vengeance par les armes, exercée par Israël. Et il ne faudrait pas que cette violence se propageât sur la Cisjordanie.

   Mais rien n’a changé.

   Je disais, alors, que chaque bombe larguée multiplierait par cent ceux qui ne pardonneront jamais et se vengeront à leur tour.

   Rien n’a changé.

   Je disais que ce gouvernement n’engendrait que la haine en dédaignant les Palestiniens, en les parquant comme du bétail, en ne leur proposant que la violence et l’irrespect.

   Rien n’a changé.

   Bien sûr, le Hamas est un groupe terroriste et les crimes commis le 7 octobre sont, eux aussi, abominables, impardonnables.

   Bien sûr, je comprends le désarroi de ce peuple face à l’ignominie.

   Bien sûr, le désir de vengeance, normalement, humainement, envahit chaque cœur meurtri.

   Mais jusqu’à quand ?

   Rien ne changera donc jamais ? Et il ne faudrait pas que cette violence se propageât sur le territoire occupé de Cisjordanie.

   Et pourtant, si vous ne voulez pas que l’antisémitisme continue d’exploser dans le monde, si vous ne voulez plus entendre ces cris de haine à votre encontre se déversant tel un fleuve en cru, si vous ne voulez pas disparaître un jour, si vous ne voulez pas que vos enfants, demain, souffrent comme vous avez souffert, il vous faudra trouver la solution d’une paix pérenne, par le dialogue et non les armes. Sauf à vous complaire dans ce rôle de victime qui n’est plus de mise aujourd’hui.

   Et cette paix passe par l’instauration d’un État Palestinien, véritable, libre, autonome à vos côtés. Que vous le vouliez ou non.

   Alors, de grâce, quand les bombardements se seront tus sur Gaza, inutiles sans doute dans leur finalité, mais nécessaires à calmer votre douleur, à panser vos plaies, abandonnez cet impérialisme qui n’est plus de mise en ce siècle, ne considérez plus vos frères Palestiniens comme des ennemis systématiques et laissez-leur l’espace nécessaire pour qu’ils puissent vivre en paix à vos côtés.

Posthectomie* selon Meurice

31 octobre 2023 § Commentaires fermés sur Posthectomie* selon Meurice § permalien

Panneau de l’Armadio degli Argenti, par Fra Angelico, v. 1451

   À en croire le non-médecin mais comique Meurice (ou prétendu tel, et non le palace du même nom qui fut nazi sous l’occupation, mot approprié d’ailleurs pour un hôtel) et les crétins qui rirent de son mot et l’applaudirent l’autre matin sur France Inter, la circoncision, ou la posthectomie comme dit supra, ne serait réservée qu’aux Juifs.

   Comme toute blague de potache, la sienne, au même titre que la mienne d’ailleurs, est nulle.

   Nulle, parce que l’ablation du prépuce, si elle est partielle, est d’abord un acte chirurgical qui permet à ceux qui souffrent de phimosis, ou de paraphimosis, (et il y en a plus qu’on ne le croit), d’avoir une sexualité normale, c’est-à-dire de décalotter le gland avant, ou, à l’inverse, de le recouvrir après les ébats sexuels. Si l’ablation est totale, le gland est libéré de toute contrainte. Mais également une question d’hygiène, évitant aux enfants, mais aussi aux adultes, différentes infections purulentes dues à l’impossibilité d’un nettoyage correct du gland. Hérodote**, qui est une mine pour ses descendants historiens, rapporte que les prêtres Égyptiens, dès le Ve siècle avant JC, pratiquaient la circoncision. D’où j’aurais tendance à en déduire un copié (dé)collé des religions pratiquant cette exérèse afin d’éviter une mauvaise hygiène corporelle et sexuelle de leurs ouailles. Mais je peux me tromper n’ayant pas étudié de très près le sujet décapité, malgré une intervention de ce type sur l’un de mes fils.

   Nulle aussi et surtout, car il n’est pas que la religion Juive à faire subir cette résection aux jeunes enfants, dont Jésus huit jours après sa naissance ; d’ailleurs on s’interrogea longuement, au début de la chrétienté, sur l’intérêt ou non de cette -ectomie. l’Islam a suivi et généralisé le rituel. La pratique est également courante chez les chrétiens du Moyen-Orient, presque toutes les Églises protestantes, dans les populations d’Amérique du Nord, d’Océanie, de Philippines, d’Afrique, et même généralisée en Corée du Sud. À cette liste non exhaustive j’ajoute évidemment tous les mécréants souffrant de cette tare gênante du prépuce adhérent. Soit pratiquement le sixième de la population terrienne, ou encore à peu près, un milliard d’individus mâles qui risquent fort de ne pas apprécier Meurice qui laisse penser qu’une absence de prépuce les font adhérer à la barbarie nazie. Ou l’inverse, tant l’ambiguïté de cette ânerie vulgaire est grande.

   Par conséquent, comparer Netanyahou à un nazi sans prépuce est une imbécillité crasse. Tout d’abord parce qu’il put, ou peut encore, y avoir des nazis sans prépuce sachant que nul n’est à l’abri de cette gêne anatomique, aryen pur souche ou pas. Ensuite parce qu’il eût fallu ajouter que les terroristes du Hamas l’étaient également, voire un peu plus, et parce qu’Israël, comme je l’ai dit dans un précédent billet, a prévenu la population des bombardements que Tsahal allait effectuer, ce qui n’était pas dans la culture nazie d’avertir avant d’envahir et d’annexer ; la France, par exemple, via les Ardennes alors qu’on les attendait du côté des Vosges.

   En conclusion je dirai que ceux qui se moquent de la circoncision sont des glands, certes avec prépuce, mais sans culture. Et de foutus imbéciles lorsqu’ils l’associent insidieusement, afin de faire le buzz, à une catégorie de terriens en raison de leur religion, de leurs coutumes ou de leur anatomie, avec une idéologie infâme.

   Pour finir, une question me taraude, Meurice est-il circoncis ? Car ne dit-on pas que le meilleur comique est celui qui se moque de lui-même ? Ainsi serait-il à moitié pardonnable. Mais je ne le pense pas. En conséquence, il s’agit d’un gland avec prépuce qui glandouille dans des pantalonnades de comique troupier.

 

   * Du grec posthia : prépuce et ectomie : section en ôtant (dictionnaire médical)

    ** Hérodote – livre 2(Euterpe) – XXXVII – traduction Larcher